Que faire en cas de phobie scolaire ?

  • Publié le 25 juillet 2022
  • Mis à jour le 25 juillet 2022
  • Adeline Arénas
Encore mal connue, la phobie scolaire peut se manifester de nombreuses façons, et ses causes sont multiples. Cependant, toutes débouchent sur la peur de l’élève de se rendre en cours. Qu’est-ce que la phobie scolaire, exactement ? Quelles sont ses origines et comment la reconnaître si on en souffre ? Quelles solutions apporter pour retrouver confiance en soi et goût d’aller en cours ? Éclairage.
phobie scolaire

À l’heure actuelle, il est presque impossible d’avoir des chiffres exacts concernant le nombre de jeunes qui souffrent de phobie scolaire en France. En effet, celle-ci est encore peu connue et peu analysée. De plus, les psychiatres qui y ont été confrontés n’utilisent pas tous les mêmes classifications pour établir leur diagnostic. Cependant, d’après une publication de Nicole Catheline et Jean-Philippe Raynaud, des études récentes estiment que la phobie scolaire toucherait 4 % de la population. Quoiqu’il en soit, cette dernière existe bel et bien : il faut donc la comprendre afin de permettre aux jeunes qui en souffrent de la dompter.

Qu’est-ce que la phobie scolaire ?

La « phobie scolaire » a été définie par la psychiatre américaine Adélaïde Johnson en 1941 comme une « conduite d’évitement chez un enfant qui, sans pouvoir en dire la raison, refuse d’aller à l’école et résiste avec d’intenses réactions d’anxiété ou de panique quand on tente de l’y contraindre ». Concrètement, il s’agit donc d’une très forte angoisse irrationnelle à l’idée d’aller à l’école.

« On a tous des peurs. Peur de l’inconnu quand on va la première fois à l’école ou que l’on change d’établissement, peur du professeur que l’on ne connaît pas, peur de ne pas retrouver ses copains ou de ne pas s’en faire de nouveaux, peur de ne pas trouver le bus le soir pour rentrer… Toutes ces peurs sont dites « normales ». Ce sont des « alarmes » efficacement calibrées dans leurs activation comme dans leur régulation », explique Cécile Poulenard, directrice formatrice chez ORM’Avenir et membre de l’association Génération 15-25.

En d’autres termes, ces peurs disparaissent rapidement une fois que l’on a pris conscience que le « danger » est passé, ou qu’il n’y a pas de « menace » réelle. La peur devient pathologique et phobique quand l’alarme est mal réglée. C’est-à-dire qu’elle va se déclencher trop souvent pour des seuils de dangerosité trop bas. Cécile Poulenard donne les deux exemples ci-dessous afin de différencier une peur « normale » de la phobie scolaire.

Exemple de peur rationnelle :

Un jeune arrive la première fois au lycée dans un environnement qu’il ne connaît pas, avec aucun copain. Il a peur. Il appréhende. Quand il prend conscience qu’il n’est pas le seul dans cette situation, que le professeur à l’air sympathique et accueillant, que les autres lui parlent, sa peur disparaît.

Exemple de phobie scolaire :

Un jeune a peur de parler devant la classe. À chaque fois qu’il va rentrer en cours, cette peur d’être interrogé, de devoir parler devant toute la classe va s’activer. Pourtant, la probabilité qu’il soit interrogé est peut-être très faible, voire inexistante. Mais le jeune n’arrive pas à la réguler. Le cerveau émotionnel prend le dessus sur le cerveau « rationnel ». L’émotion, la peur est si intense qu’elle peut déclencher des crises de panique.

« La simple idée de devoir aller en cours déclenche l’angoisse, qui ne s’estompe que lorsque le jeune est assuré de rester chez lui. Elle peut aller jusqu’à empêcher la fréquentation scolaire et la poursuite des études sous leurs formes classiques », ajoute Marianne Perrette, coach chez Coaching2Vie, également membre de Génération 15-25.

La phobie scolaire peut toucher des enfants, des adolescents ou des jeunes adultes, à tous les niveaux de la scolarité. On peut ainsi observer trois pics :

  • à l’entrée au CP, vers l’âge de 5-6 ans
  • à l’âge de 11-13 ans, qui correspond à l’entrée au collège
  • vers 15-16 ans, à l’entrée au lycée

« Les jeunes souffrant de phobie scolaire ont le plus souvent un quotient intellectuel normal, voire même supérieur à la moyenne, indique Marianne Perrette. Ils ne sont pas en échec scolaire, mais des exigences élevées personnelles, familiales ou sociales engendrent de l’anxiété. »

Enfin, la phobie scolaire peut s’apparenter à la phobie sociale si l’origine de la peur est la relation aux camarades de classe, aux enseignants ou personnels de l’établissement. Elle peut également être liée à la peur de l’échec. Dans tous les cas, elle est directement rattachée à la confiance en soi.

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Quelles sont les causes de la phobie scolaire ?

Les peurs pathologiques et les phobies sont le fruit d’une double influence. La première est celle de prédispositions biologiques (héritage familial et collectif). La seconde est celle des influences environnementales, c’est-à-dire de l’histoire personnelle de chaque individu. Selon le médecin psychiatre Christophe André dans son livre Psychologie de la peur : craintes, angoisses et phobies, « les plus grandes peurs s’expliquent par l’épigenèse (interactions entre gènes et environnement) ».

Les origines de la phobie scolaire sont nombreuses. « Pour certains, notamment pour les plus jeunes, la phobie scolaire peut être la manifestation d’un trouble d’angoisse de séparation des parents, analyse Marianne Perrette. Pour d’autres, la phobie scolaire est liée à une anxiété de performance, la peur de mal faire et d’échouer. Les évaluations, comparaisons interindividuelles et pressions des enseignants ou parents peuvent mettre en grande difficulté émotionnelle certains individus. Ils vont alors entrer dans une stratégie inconsciente d’évitement. »

Dans les faits, la phobie scolaire peut être due à des expériences douloureuses, souvent vécues à l’école, mais pas seulement :

  • forte pression des écoles qui exigent un certain niveau
  • harcèlement scolaire dû aux comportements maltraitants, aussi bien de camarades que d’enseignants
  • non-acceptation de la différence (vêtements, origine sociale…)
  • paroles des enseignants, stigmatisation d’un comportement
  • peur de l’échec
  • inadaptation du système scolaire aux besoins du jeune : la phobie scolaire découle alors de l’ennui et de la souffrance psychique
  • l’organisation même de l’école (certains élèves développent une phobie de manger à cantine, par exemple)
  • un contexte familial très tendu (le jeune peut s’imaginer que sa présence est nécessaire à la maison)

« Placés dans une même situation, certains jeunes « laisseront glisser », et d’autres développeront des manifestations d’angoisse, complète Marianne Perrette. Il n’y a donc pas une seule cause, mais des causes et des contextes. Les expériences de vie, les attitudes parentales, le milieu scolaire, le tempérament du jeune… sont autant de facteurs ayant leur influence. »

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Symptômes de la phobie scolaire : comment les reconnaître ?

Au premier abord, il peut être difficile d’identifier la phobie scolaire chez un adolescent. En effet, ses symptômes sont très variés. Pour Marianne Perrette, « la phobie scolaire se manifeste principalement par des troubles anxieux et une stratégie d’évitement. Les troubles anxieux peuvent être des pleurs, des crises d’angoisse, des attaques de panique. »

Les jeunes concernés peuvent également présenter les symptômes suivants :

  • troubles du sommeil
  • somatisations variées
  • maux de ventre
  • nausées parfois accompagnées de vomissements
  • entorses à répétition
  • maladies répétitives
  • troubles alimentaires
  • attaques de panique et hyperventilation

Ces troubles s’accompagnent d’un refus ou d’une incapacité à se rendre sur le lieu de scolarisation (école, collège, lycée, enseignement supérieur). « Ces diverses manifestations sont tout ce que le corps peut produire comme symptômes pour manifester la souffrance psychique du jeune, et aider inconsciemment le jeune par rapport à son besoin d’évitement pour faire baisser l’angoisse », poursuit la coach.

Tant que les origines de la souffrance ne sont pas identifiées et apaisées, les symptômes persistent et peuvent même prendre de l’ampleur. Concrètement, ils génèrent un absentéisme qui va s’accentuer au fil des jours. Avec certaines conséquences : chez certains jeunes, la phobie scolaire peut en effet s’accompagner d’une marginalisation sociale, de conduites addictives, voire de délinquance.

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Quelles sont les solutions ?

Comment parler de la phobie scolaire au jeune ?

« La phobie scolaire n’est pas forcément connue ni identifiée par les parents ou le système éducatif, qui l’apparentent à un manque de motivation ou de la fainéantise, rappelle Cécile Poulenard. Pour parler à l’élève qui souffre de phobie scolaire, il faut mettre le jeune en confiance, lui permettre de s’exprimer librement. Le jeune sait qu’il y a quelque chose qui ne va pas, mais n’arrive pas forcément à mettre un nom dessus. »

« Il est important de savoir que la phobie scolaire est indépendante de la volonté du jeune : c’est au contraire une situation qu’il subit », insiste Marianne Perrette. Ainsi, les jeunes qui souffrent de phobie scolaire ne peuvent plus se rendre à l’école, pas par manque d’intérêt, mais parce que cela les rend considérablement anxieux, « pour des raisons irrationnelles », souligne la coach.

Comment dialoguer, alors ? En mettant en place un cadre avec des règles de fonctionnement. Mais celui-ci doit être empathique, bienveillant et sans jugement, afin d’aider le jeune à se confier. Dans la prise en charge du jeune et tous les échanges qui ont lieu avec lui, la compréhension et la déculpabilisation sont donc essentielles. Il est important de lui expliquer ce qu’il vit pour le rassurer et le déculpabiliser. La priorité, pour Marianne Perrette, est « de lui exprimer notre reconnaissance de nous avoir confié leur angoisse, et de lui exprimer notre désir de l’aider à la faire baisser en s’ouvrant à son ressenti ». Pour l’adolescent, avant même d’avoir une solution à ses angoisses, en parler contribue déjà à faire baisser la pression. C’est une étape importante.

Que faire en cas de phobie scolaire  ? Quelles sont les solutions ?

La phobie scolaire doit être dépistée le plus tôt possible afin d’éviter les conséquences à court et moyen terme, tant sur le plan de la santé du jeune que de sa scolarité. Les changements d’attitude chez un jeune doivent donc alerter, être pris au sérieux puis explorés.

Il est essentiel de mobiliser toutes les personnes concernées dans une « alliance thérapeutique », comme l’indique Marianne Perrette. C’est-à-dire le pédiatre ou le médecin généraliste qui suit l’élève, possiblement avec un pédopsychiatre ou un psychiatre, les parents, ainsi que l’équipe enseignante. Selon les choix, un coach ou un thérapeute peuvent également être sollicités. Ces différents interlocuteurs peuvent proposer des approches, points de vue et actions complémentaires.

Il faut savoir que plusieurs types de suivis sont possibles en fonction de l’intensité de la phobie scolaire et des blocages qu’elle entraîne.

  • Les thérapies comportementales et cognitives (TCC) pratiquées par des psychothérapeutes. Elles permettent de travailler sur les symptômes de la phobie scolaire et l’adaptation du jeune à l’environnement.
  • L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) pratiqué par certains psychologues. Cette psychothérapie peut permettre de résoudre les conséquences psychologiques, physiques, relationnelles d’expériences de vie traumatisantes.
  • L’hypnose peut être une solution pour des jeunes réceptifs à cette pratique.
  • Le coach peut accompagner le jeune dans son retour à l’école. Pour atteindre cet objectif, le professionnel va renforcer les apprentissages du jeune sur sa construction identitaire (croyances positives, valeurs, besoins, émotions, limites), ses ressources et sa motivation (l’objectif scolaire). Il va accompagner le jeune à mettre en place un plan d’action. Cette démarche sera facilitée grâce à l’aide de la famille et du système éducatif : aménagement d’emploi du temps, retour progressif en cours, possibilité de quitter le cours pour se rendre à l’infirmerie, ne pas être interrogé par l’enseignant devant les camarades, prise de repas en dehors du restaurant scolaire… Autant d’éléments qui renforceront le jeune et favoriseront son retour à l’école.

L’objectif commun de ces suivis possibles est de préserver la santé mentale et physique du jeune, de réduire sa souffrance, et de lui permettre de renouer avec le plaisir afin de permettre un retour à la scolarité. Marianne Perette rappelle que « le suicide est l’une des causes de mortalité les plus importantes à ces âges. Il est parfois donc nécessaire que le médecin prescrive un arrêt maladie le temps de permettre au jeune de se remettre en forme. »

Ici, une aide aux parents est souvent utile afin qu’ils comprennent les démarches à accomplir pour la santé du jeune. Enfin, il est nécessaire d’expliquer la stratégie adoptée à l’équipe enseignante, afin qu’elle sache qu’il n’y a pas de renoncement de la part du jeune, mais qu’il est pris en charge. En effet, les arrêts maladie doivent être transmis à l’établissement pour que la scolarité de l’élève ne subisse pas de conséquences préjudiciables.

Toujours dans l’objectif de faire baisser son angoisse, le jeune qui souffre de phobie scolaire peut aussi avoir recours à quelques astuces et exercices au quotidien :

  • cohérence cardiaque
  • marcher dans la nature
  • écouter de la musique
  • dessiner
  • exercices de relaxation
  • sophrologie
  • massages
  • sport…

À lui d’en tester pour choisir ce qui lui plaît le plus. Il faut avant tout qu’il se reconnecte à des choses qui lui font plaisir, sans pression. Il doit également avoir le temps de se reposer pour reprendre des forces. Marianne Perrette conclut : « La santé doit être prioritaire, car sans elle, aucun apprentissage n’est possible. »

En cas d’urgence, il est possible de contacter :

Le numéro 3020 mis en place par le gouvernement. Un numéro gratuit d’écoute et de prise en charge au service des familles et des victimes de harcèlement scolaire.

L’association Génération 15-25 qui réunit des coachs, dont plusieurs sensibilisés aux questions de phobie scolaire : www.generation1525.fr

L’association Phobie Scolaire : phobie-scolaire.org

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